Cinq siècles de découvertes
Dès le XVIe siècle, les érudits lyonnais se passionnent pour les ruines, les inscriptions et les objets, statues, monnaies, céramiques… dont ils constituent les premières collections.
Au début des années 1980, Lyon sera une ville pionnière en matière de protection du patrimoine, avec la mise en place systématique des fouilles préventives, préalables aux grands travaux urbains
Enrichies par près de cinq siècles de découvertes, les collections du Musée abordent tous les chapitres de la vie publique et privée d’une capitale de l’Empire.
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> La plus grande ville de la Gaule
Maquette de Lyon
Dans l’Antiquité, Lugdunum n’avait pas le rang de capitale de la Gaule : au sens administratif, elle n’était que la capitale de la province de Lyonnaise. Mais c’était la plus grande ville de la Gaule, métropole économique et religieuse. Fondée sur la colline de Fourvière en 43 avant J.-C., Lugdunum s’étend au IIe siècle après J.-C. sur près de 300 ha. Sur la colline de Fourvière, on situe, outre les monuments de spectacle, le théâtre et l’odéon, le forum, qui aurait occupé le point le plus élevé de la colline, à l’emplacement actuel de la basilique. La Presqu’île associait de grandes maisons et des installations commerciales : c’est le quartier des Kanabae, nom connu par une inscription qui évoque des corporations de marchands. Sur les pentes de la Croix-Rousse, au lieu-dit Condate, le sanctuaire fédéral des Trois Gaules devait voisiner avec l’amphithéâtre dont on a retrouvé les vestiges. La rive gauche de la Saône, au pied de la colline, était occupée par des ateliers. Tout autour des quartiers urbains, se développaient des nécropoles, dont la plus grande était à Fourvière, dans le secteur de Saint-Irénée.
Le sanctuaire confédéral des Trois Gaules
Il est exceptionnel que les auteurs de l’Antiquité nous fassent connaître un monument provincial : si nous avons la chance de posséder plusieurs mentions du sanctuaire fédéral de Lyon, c’est qu’il était célèbre dans tout l’Occident romain. Inauguré sous Auguste, en 12 av. J.-C., cet autel consacré au culte impérial symbolisait l’attachement des Gaulois à Rome et leur fidélité à l’empereur. Dans ce lieu de culte, qui reste à découvrir, mais qui est traditionnellement situé sur les pentes de la Croix-Rousse, se rassemblaient chaque année les délégués des soixante cités des Trois Gaules. L’image de l’autel figure sur les monnaies frappées à Lyon.
Élément central du sanctuaire, l’autel n’est connu que par les représentations qui figurent sur certaines monnaies frappées à Lyon. Sur cette image stylisée, on voit la façade de l’autel, encadrée de deux colonnes supportant des Victoires. Elles tiennent la palme et la couronne, symboles des victoires militaires de l’empereur.
Les colonnes d’Ainay
Dans la Presqu’île de Lyon, la basilique d’Ainay construite au XIIe siècle présente une coupole centrale qui repose sur quatre imposantes colonnes de pierre. Le diamètre de ces fûts monolithes dépasse 1 m à la base. Ils sont taillés dans une roche granitique très dure qui provient d’Egypte. La tradition, déjà mentionnée par Rabelais, veut qu’il s’agisse des deux colonnes qui encadraient jadis l’autel de Rome et d’Auguste. À l’origine, ces colonnes, avec leur chapiteau surmonté d’une Victoire, auraient mesuré 14 m de hauteur.
Le discours de l’empereur Claude
La Table claudienne reproduit dans le bronze un discours que l’empereur Claude, né à Lyon, prononça en l’an 48 devant le Sénat de Rome. Les notables des Trois Gaules réclamant des droits égaux à ceux des citoyens romains, Claude intervint en leur faveur devant l’aristocratie romaine jalouse de ses privilèges.. La Table a été découverte en 1528, sur les pentes de la colline de la Croix-Rousse, ce qui constitue un argument fort pour localiser le sanctuaire dans ce secteur. On imagine en effet que le discours prononcé par Claude en faveur des Gaulois avait été affiché là où se réunissait l’assemblée fédérale.
Grand prêtre, une fonction prestigieuse
Grand prêtre à l’autel (sacerdos ad aram) : cette fonction prestigieuse était le couronnement d’une carrière municipale et pouvait donner accès à de hautes charges au sein de l’empire. Ces belles inscriptions étaient gravées sur les bases des statues que les représentants des Trois Gaules élevaient chaque année au sacerdos élu. Il faut imaginer ces monuments parsemant l’esplanade du sanctuaire. Après plusieurs siècles d’existence, ce dernier devait ressembler à un musée de plein air, véritable conservatoire de l’histoire des Trois Gaules.
> Hommes et Dieux
Sarcophage du triomphe de Bacchus
C’est la scène du retour triomphal du dieu Bacchus, après son expédition victorieuse en Inde, qui décore ce grand sarcophage de marbre découvert au début du XIXe siècle dans l’église Saint-Irénée, sur la colline de Fourvière.
Le dieu accompagné d’Ariane est monté sur un char tiré par une panthère, tandis que les membres de son cortège le précèdent, entourant un éléphant qui porte deux prisonniers. A l’avant, Hercule ayant trop fêté l’événement, est soutenu par un Satyre.
Pourquoi cette scène sur un monument funéraire romain ?
Le cortège triomphal symboliserait la victoire sur la mort, et cette scène d’allégresse évoquerait « l’espérance en un au-delà plein de joies… »
Calendrier gaulois en bronze
Bien que fragmentaire, ce calendrier gaulois est l’œuvre du Musée la plus demandée : l’original et sa copie ont été prêtés près de dix fois au cours des cinq dernières années, pour des expositions en France et à l’étranger. Ce document exceptionnel, découvert en 1897 dans l’Ain, à Coligny, intéresse aussi bien le public que les chercheurs. D’abord les nombreux passionnés de civilisation celtique : le calendrier est réputé être le plus long document en langue gauloise connu à ce jour. Plusieurs termes, encore non déchiffrés, conservent leur part de mystère. Mais aussi les spécialistes de l’histoire de l’astronomie : il s’agit en effet d’un calendrier « luni-solaire», sur lequel l’ajout de mois intercalaires tente de faire concorder les phases de la Lune et l’année solaire.
Scène de sacrifice
Suivant une convention de l’art antique, l’artiste nous montre sur un même registre, un peu comme sur une bande dessinée, trois moments d’un même événement : le sacrifice de trois animaux, appelé suovetaurile, car il associait un porc (sus), un bélier (ovis) et un taureau (taurus).
A gauche, les animaux sont conduits vers l’autel central, tandis qu’à droite, des personnages s’en vont, transportant des quartiers de viande (bloc provenant de l’église de Beaujeu, Rhône).
Neptune
Les boucles de la barbe et des cheveux apparaissent comme chargées d’eau et collent sur le visage de ce bronze, identifié pour cette raison au dieu de la mer, Neptune. Selon une disposition classique, il devait tenir un dauphin à droite et un trident à gauche. Il a été trouvé dans le Rhône en 1859, près du pont de la Guillotière.
Sacrifice à Cybèle
Cet autel commémore un sacrifice offert à la déesse Cybèle, en 160 après J.-C. Sur les côtés du bloc, figurent les animaux sacrifiés, un taureau et un bélier, ainsi que l’instrument utilisé pour la mise à mort, sorte d’épée à crochet. Le culte de cette déesse, qui fait partie des « divinités orientales » vénérées par les Romains, est bien attesté à Lyon par la présence de six autels commémoratifs, mais le lieu de culte demeure à ce jour inconnu.
Les mystères de l’ascia
Sur les monuments funéraires, aux IIe-IIIe siècles, apparaît souvent à Lyon la figuration d’une sorte d’herminette, outil de tonnelier ou de charpentier, l’ascia. De plus, l’épitaphe mentionne souvent que le monument a été dédié « sous l’ascia ». Aucune explication satisfaisante n’a encore été donnée de la présence de cet outil. Il devait jouer dans le rituel funéraire un rôle sans doute symbolique qui nous échappe.
Aux premiers temps chrétiens
Les inscriptions funéraires des premiers chrétiens tranchent, par leur sobriété, sur le caractère ostentatoire des épitaphes romaines. Plus question désormais d’exposer en détail le déroulement de la carrière terrestre du défunt. Le changement se perçoit aussi à travers des formules et des décors différents. Ici, sur l’épitaphe d’Ursus, datée très précisément de 493 après J.-C., on voit des colombes de part des autre d’un épi de blé et d’un vase d’où jaillit de la vigne.
> Les jeux
Mosaïque du Cirque
Ce pavement a été découvert au début du XIXe siècle dans la Presqu’île, non loin d’Ainay. Les spectacles du cirque sont très populaires dans tout l'empire romain. A la différence des courses d'aujourd'hui, on n'engage pas les paris sur un numéro, mais sur l’une des quatre couleurs que les cochers portent sur leur casaque (rouge, blanc, bleu et vert). Mais outre l'appât du gain, c'est la qualité du spectacle qui attire les foules dans le cirque. Ici, deux chars ont fait naufrage dans les virages. Il n'y a pas de vainqueur dans ce tableau très réaliste : la palme est encore entre les mains d'un des deux personnages placés au centre du terre-plein.
Les couleurs du cirque : aurige vainqueur
Sur les céramiques décorées de médaillons, une des scènes les plus représentées est celle du triomphe final, à l’issue d’une course de char : l'aurige vainqueur fait un tour d'honneur en brandissant la palme et la couronne. Des acclamations en grecs l’accompagnent :
CALOS VENETE : Vive le Bleu !
NICA PRASINE : allez le Vert !
Des monuments publics payés par des fonds privés :
la dédicace de l’amphithéâtre
Imaginons que le maire d’une ville, à peine élu, fasse construire à ses frais un stade olympique ou un grand complexe culturel pour l’agrément de ses concitoyens ! Cette pratique surprenante était la règle générale dans les villes romaines, aux premiers siècles de notre ère. L’amphithéâtre de la Croix-Rousse en offre un bel exemple : l’inscription qui commémore sa construction révèle qu’il fut édifié vers 20 après J.-C., aux frais d’un riche notable de Saintes, Caius Julius Rufus, alors qu’il avait été élu grand prêtre au sanctuaire de Lyon.
Gladiateur, un métier à risque
Callimorphus, gladiateur, a offert un sacrifice au dieu Mars, probablement pour le remercier d’avoir survécu à de nombreux combats. Il a en effet obtenu une distinction qui atteste sa longévité.
Parfois, l’issue incertaine d’un combat faisait que les deux combattants étaient stantes misi : « renvoyés debout » (vivants). Même vaincu, le gladiateur n’était pas toujours mis à mort si le public estimait qu’il avait vaillamment combattu.
> Une métropole économique
Epitaphe d’un membre de la société de l’impôt du quarantième des Gaules
A Tiberius Julius Delus, Vitalis, esclave de la société de l’impôt du quarantième, et Amethystus, son affranchi
T. Julius Delus appartenait la la société du Quarantième des Gaules, dont les bureaux étaient à Lyon. Cet organisme privé était chargé de percevoir pour l’état romain la taxe douanière qui frappait les produits entrant et sortant des provinces de la Gaule (2,5 % de la valeur des marchandises). L’épitaphe provient d’un secteur de la colline de Fourvière occupé dès le Ier siècle après J.-C. par des nécropoles.
Lyon, grand atelier monétaire impérial
L'empereur se réserve le droit de frapper les métaux précieux, l'or et l'argent, indispensables au paiement des armées. Alors que sous la République l'essentiel du monnayage était produit à Rome, des ateliers impériaux sont désormais créés en province. Le plus important d'entre eux est celui de Lyon. Au revers de ce sesterce de Néron frappé à Lyon, figure le port d'Ostie, à l'embouchure du Tibre. Cette monnaie n'est pas rare en elle-même, puisqu'on en connaît plusieurs exemplaires du même type. C'est la qualité de la représentation, due à l'exceptionnel talent du graveur, qui fait son intérêt.
Amphores et transporteurs
Les amphores sont des récipients en terre cuite, à usage unique, très peu coûteux, destinés au transport de denrées alimentaires. Leur forme varie selon la nature des produits transportés, et leur provenance. Trois produits essentiels sont importés des rivages de la Méditerranée : l’huile, le vin et les sauces de poissons. A Lyon, les inscriptions nous font connaître de grands patrons d’entreprises de transport spécialisées dans le commerce du vin ou de l’huile d’olive.
Les nautes, marins d’eau douce
Ce bloc devait supporter des statues ou un petit monument offerts, comme l’explique l’inscription, en honneur de la corporation des Nautes du Rhône, par Caius Julius Sabinianus, faisant lui-même partie de cette corporation. Ces nautes sont les mariniers, qui assurent les transports sur les nombreuses voies navigables du pays. Ce bloc trouvé sur les quais de Saône, près de Saint-Georges, faisait imaginer depuis longtemps l’existence d’un port dans ce secteur : hypothèse confirmée par les spectaculaires découvertes d’épaves de navire au cours des fouilles préalables à la construction du parc de stationnement Saint-Georges.
> Artistes et artisans
Trésor de Vaise (Lyon, 9e)
Le trésor mis au jour en 1992 à Vaise, dans le 9e arrondissement de Lyon a été découvert non pas de façon fortuite, mais au cours d’une opération d’archéologie préventive. Pourquoi ce trésor a-t-il été enfoui dans les années 260 après J.-C. ? Les historiens sont prudents : de multiples causes sont possibles, parmi lesquelles l’invasion des Alamans en 259. L’origine d’un tel dépôt est également incertaine : s’agit-il d’un bien familial, ou d’un ensemble hétérogène rassemblé par un marchand ou un voleur ?
La vaisselle de terre cuite à Lyon : une grande diversité de productions
Une dizaine d’ateliers de potiers, pour la plupart du Ier siècle après J.-C., ont été repérés et en partie fouillés sur l’ensemble de la ville : pour une période de plus de trois siècles de prospérité économique, cela ne représente qu’une faible partie de la réalité. Le caractère le plus original est la présence à Lyon, dans les décennies qui suivent sa fondation, de grands centres exportateurs créés par des artisans venus d’Italie. Il reste encore beaucoup à apprendre comme l’a montré la découverte inattendue, à la fin de l’année 1999, d’un nouvel atelier à Vaise (Lyon , 9e), rue du Chapeau Rouge.
1000 facettes du verre romain
Apparu au Proche-Orient dès le IIe millénaire avant J.-C., la fabrication d’objets en verre a connu un grand développement à l’époque romaine. Formes, couleurs et décors sont combinés à l’infini. Objet de luxe en Occident, au début de la période romaine, le verre se démocratise ensuite mais reste un matériau de choix pour la vaisselle raffinée, notamment pour le service du vin mais aussi pour contenir des produits rares : parfums, onguents, cosmétiques…
Épitaphe d’un verrier découverte dans le quartier de Saint-Irénée (Lyon, 5e) :
Aux dieux Manes et à la mémoire éternelle de Julius Alexsander, africain de naissance, citoyen de Carthage, homme excellent, artisan verrier, mort à l’âge de 75 ans, cinq mois et treize jours, après 48 ans de mariage en parfait accord avec sa femme…"
Fragment de jambe de cheval en bronze.
Cet élément qui appartient à une statue équestre a été recueilli à Lyon, dans la Saône, en amont du pont d’Ainay, en 1766. Diverses tentatives infructueuses furent alors faites pour récupérer le reste de la statue. Celle-ci devait être d’une grande qualité comme l’attestent les détails anatomiques qui sont représentés avec beaucoup de réalisme.
Pendants d’oreilles
Ces bijoux appartiennent à un trésor découvert à Lyon, en 1841, sur les pentes de la colline de Fourvière, dans l'ancienne propriété de l'ordre religieux des Lazaristes. Il comprenait à l'origine un ensemble important de bijoux ainsi que plusieurs centaines de monnaies d'argent. Cette paire de pendants d’oreilles combine l’or, des perles, de minuscules rubis et des émeraudes. Celles-ci ont été laissées brutes, en forme de prismes, telles qu’elles se présentent dans la nature : ce traitement est fréquent dans la joaillerie romaine.


