L’Antiquité rêvée
L’exposition traite de la fiction cinématographique sur l’Antiquité, des origines du cinéma à nos jours. En pénétrant dans les coulisses du péplum, l’exposition s’attache à en révéler les multiples sources d’inspiration et les différents composants. Elle en illustre l’idéologie en analysant les scénarii et leur traitement selon les pays et l’époque de production. Cette manifestation propose de passer « derrière les images » et de décrypter un genre cinématographique qui garde depuis plus d’un siècle les faveurs du public.
Dès l’entrée, le tableau de Lionel Royer représentant Vercingétorix déposant ses armes aux pieds de César invite le visiteur à s’immerger dans l’univers du péplum.
Dans la salle d’exposition temporaire, la rotonde des « référents », sorte de « grosse bulle » documentaire, s’ouvrira sur onze cellules autonomes que le visiteur pourra voir, à son rythme et selon son intérêt, dans n'importe quel ordre et sens selon sa propre déambulation. Dans cet espace seront présentés les éléments "didactiques" concernant les origines du péplum, le rapport aux sources, à l'archéologie et à l'image de l'archéologie.
Référents
Au 19e siècle, dans un Occident pétri de culture classique depuis la Renaissance, le monde antique devient source d’inspiration. Écrivains, musiciens, auteurs dramatiques, feuilletonistes, caricaturistes s’en emparent. À l’opéra, Aïda (1871) fait écho à Norma (1831) ; en littérature, se succèdent Salambô, Ben Hur (1880) et Quo Vadis (1896). Et Berlioz exalte les Troyens (1863) avant qu’Offenbach ne fasse rire de La belle Hélène (1864).
Tout cet univers de création que relaie la presse populaire s’appuie sur une éducation diffusée par l’école dans tous les pays européens et où l’Antiquité des peuples sert à la construction des identités nationales. Sans négliger l’influence du christianisme, dont l’imagerie pieuse contribue à la constitution d’un socle iconique favorable à la réception du cinématographe en ses décors et personnages antiques.
Archétype du héros cinématographique
Le héros de péplum prend différents aspects. Les réalisateurs s’inspirent de l’histoire, notamment celle des grands conquérants, mais aussi de la mythologie ou de la bible. La femme, qu’elle soit de pouvoir, fatale ou simple compagne « faire valoir » du héros, est un personnage quasi incontournable du péplum. Le personnage féminin historique de Cléopâtre, reine d’Égypte au destin lié à Rome, a très largement inspiré les cinéastes (Mankiewicz en tête) depuis des péplums très classiques, des comédies, des dessins animés jusqu’aux séries télévisées (Rome) et spots publicitaires.
Lorsque le héros est un personnage rebelle tel Spartacus, il est souvent vu, notamment par le cinéma italien, comme un justicier luttant contre un tyran qu’il finit par éliminer (même s’il est empereur).
C’est un personnage « lyrique » qui prend souvent les traits d’un chef charismatique. Qualifié de géant, conquérant, titan ou colosse dans les titres des films, c’est son triomphe, son invincibilité ou sa colère qui sont souvent mis en avant.
Héros mythiques
Le héros laisse parfois la place au super héros mythique, mythologique ou biblique, dont l’invention est parfois moderne (Maciste, création du personnage en 1913 pour le film Cabiria, de Pastrone). Doté d’une force et de pouvoirs surhumains, voire surnaturels, il se retrouve confronté à des épreuves que lui seul est à même de surmonter.
Ce héros reste cependant simple et proche du peuple, que souvent il défend, on le voit ainsi recruter la plupart de ses amis chez les « petites gens ».
Suivant les pays, le héros peut changer de nom dans un même film : Maciste devient ainsi Hercule en traversant l’Atlantique en direction des USA.
Ces personnages hyper musclés voyagent beaucoup, à la fois dans l’espace des mondes antiques, mais également dans des temps qui n’ont parfois plus rien à voir avec l’Antiquité gréco-romaine. Ainsi les américains font lutter Hercule contre la mafia new-yorkaise en 1969 ou on le voit opposé à Tarzan dans des studios indiens au milieu des années soixante.
Les super héros, souvent interprétés par des stars du culturisme, vont développer le goût pour cette discipline (apparition d’élections de l’Hercule de l’année en France avant les projections de films).
Catastrophes
Autre élément quasi incontournable de certains péplums, la « Catastrophe » dont l’origine naturelle (éruption de volcan, tremblement de terre, dégât des eaux…) ou divine (Plaies d’Égypte, Sodome et Gomorrhe) peut apparaître comme l’épreuve dont le héros doit sortir vainqueur tout en se surpassant.
La catastrophe volcanique a largement inspiré les réalisateurs, d’autant plus que l’histoire leur fournit l’exemple fameux de l’éruption du Vésuve en 79. Cet épisode historique dramatique inspire d’autant plus le cinéma qu’il a fait l’objet d’un roman au 19e siècle (Les derniers jours de Pompéi, d’Edward Bulwer-Lytton).
Batailles
Scène fréquente des péplums, la bataille peut être historique, mythique ou simplement inventée. Sa place dans les films varie selon qu’elle est l’élément déclencheur de l’histoire du héros (Gladiator : la première scène de combat lance le récit qui aboutit au passage de Maximus de l’état de général en chef des armées de Rome à celui d’esclave), un des éléments modificateurs de son histoire (la bataille contre les pirates dans Ben Hur qui permet au jeune Ben Hur de sortir de son état de galérien pour revenir en héros après avoir sauvé le commandant de la flotte), ou bien l’aboutissement de l’Histoire du héros (300 : la ou plutôt les batailles sont les évènements qui feront des 300 spartiates des héros mythiques).
Quelle que soit la place des batailles dans les péplums, elles sont toujours le prétexte à de grandes scènes jouant largement sur le côté spectaculaire : nombreux figurants (réels ou virtuels selon la date de sortie des films), plans larges, effets spéciaux.
Jeux du cirque
Importants dans l’Antiquité, les jeux (courses de chars, combats de gladiateurs, chasses…) sont autant de scènes de péplums permettant au héros de se surpasser face à un adversaire devant lequel il semble peu probable qu’il sorte vainqueur (Maximus dans Gladiator, Spartacus, Ben Hur face à Messala dans le cirque…). Ces scènes de combats, engageant des combattants émérites ou des chrétiens face à leur supplice, permettaient aux réalisateurs de proposer des leçons de courage et de bravoure.
Comme les batailles, les scènes de jeux sont pour certaines devenues des scènes cultes du genre péplum : ainsi la course de char du Ben Hur de 1959 est sans aucun doute une des scènes mythiques du genre par sa durée (environ ½ heure) et les cascades réalisées.
À signaler une des premières apparitions de gladiateurs au cinéma dans le Quo Vadis ? de 1912, dans lequel Enrico Guazzoni retranscrit au cinéma le tableau Pollice Verso de J.L. Gérôme.
Religion
Omniprésente dans la vie quotidienne de l’Antiquité, la religion est un thème récurrent dans les péplums. L’intervention des dieux peut prendre la forme de simples manifestations divines ou d’apparitions physiques directes. Ils influent parfois très directement sur le sort des protagonistes (Le choc des Titans), en les protégeant, en contrariant leur mission ou en leur imposant des épreuves supplémentaires.
Les divinités orientales telle Isis dont les cultes étaient pratiqués chez les Romains, ne sont pas oubliées. Le côté mystérieux de leurs pratiques -cultes dits à mystères, nécessitant une initiation- explique la fascination qu’ils suscitent (Les derniers jours de Pompéi).
Enfin les religions monothéistes -judaïsme et christianisme- tiennent une place prépondérante et constituent parfois le sujet principal de films entiers comme dans les célèbres films à grand spectacle de Cecil B. DeMille.
Danses, festins et orgies
Scène fréquente dans les péplums, le festin, qui prend parfois la forme d’orgie, souvent suivi de danses permet au héros de prendre un peu de repos. Il peut également être le lieu d’intrigues et de luttes de pouvoir. C’est surtout l’occasion pour la femme fatale de laisser apparaître tous ses charmes (danses lascives et suggestives), et pour le scénariste de laisser libre cours aux fantasmes véhiculés par ces sujets.
Il semble que le festin et surtout la scène de ballet soient des souvenirs directs des opéras du 19e siècle sur le thème de l’Antiquité.
Décors monumentaux
Le décor monumental fait partie intégrante du péplum pour rajouter à l’aspect spectaculaire des films.
Le rôle du décor est fondamental même s’il est souvent de « carton pâte » et rarement fidèle à la réalité historique et archéologique, au point que quel que soit le sujet du film, l’Antiquité semble avoir connu le même type d’architecture au long des siècles. Les amateurs de péplums peuvent ainsi jouer à repérer les décors qui ont en fait été créés pour tel film puis réutilisés dans d’autres fictions.
Genre
Il s’agit ici de mettre en évidence les rôles et stéréotypes utilisés dans le péplum : personnages masculins et personnages féminins. Comment sont vus et représentés les deux sexes, leurs rapports et leurs différences.
L’idéologie du péplum
Cette séquence est traitée à travers un montage d’extraits de films de différentes époques. Le commentaire met en évidence les enjeux politiques, idéologiques ou culturels, montrant que la grande histoire croise celle des représentations qui sont données de l’histoire antique.
Pastiches et publicité
Très vite l’Antiquité et donc le péplum sont tournés en dérision dans des comédies (dès Offenbach et sa Belle Hélène en 1864 [?]) mais l’Antiquité est aussi utilisée pour la publicité soit à la télévision sous forme de spots publicitaires, soit sans doute plus anciennement sous la forme de produits dérivés utilisant le thème de l’Antiquité dans leur publicité ou dans leur nom (le Cléo cola par exemple).
L’exposition s’achève sur la présentation de l’œuvre contemporaine Témoignages, une vidéo de Bernard Latuner mettant en scène trois personnages de l’Antiquité : un légionnaire, une patricienne et un gladiateur.
Exposition organisée par le Conseil général du Rhône en partenariat avec :
L’Office de Tourisme de Vienne et du Pays Viennois


